Kamile Martial Loko

2026-10-13 · 7 min de lecture

Guide

Strive Masiyiwa et Econet : la bataille juridique avant la licence

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Econet est l'opérateur mobile que le Zimbabwéen Strive Masiyiwa a fini par lancer en 1998, après cinq ans environ de procédures contre le monopole de l'opérateur public. Son histoire se lit à l'envers de la plupart des success stories : le plus dur n'a pas été de vendre, mais d'obtenir le droit de vendre. Retenez trois choses : la loi peut être le premier concurrent, un combat juridique se finance comme un produit, et les dates varient selon qui raconte.

En bref

Qui est Strive Masiyiwa et pourquoi veut-il un réseau mobile ?

Strive Masiyiwa est né en 1961 au Zimbabwe. Avant Econet, il dirige une entreprise d'ingénierie, Retrofit, qui est d'ailleurs le nom mis en avant dans les premières démarches auprès de l'opérateur public. L'idée est simple : le Zimbabwe des années 1990 compte très peu de lignes fixes, et le téléphone mobile permettrait de contourner un réseau filaire incapable de suivre la demande.

Le problème n'est pas technique. Il est légal. En juillet 1993, Retrofit demande à la Posts and Telecommunications Corporation (PTC) l'autorisation d'installer un réseau cellulaire privé. La PTC répond que la loi qui l'a créée lui confère un monopole sur les télécommunications.

Comment a-t-il contesté un monopole d'État ?

La suite est un feuilleton judiciaire, que les sources racontent avec des écarts. Voici la chronologie, avec le niveau de certitude.

DateÉvénementFiabilité
Juillet 1993Demande de licence auprès de la PTC, refusée au nom du monopoleConcordant entre sources
Début 1994Victoire devant la High Court, que la PTC contesteRécit de Masiyiwa rapporté par Pindula
Juin 1994La Supreme Court donne raison à la PTC, selon le récit de Masiyiwa rapporté par PindulaUn seul récit, NYU présente la suite différemment
1995Nouvelle décision de la Supreme Court en faveur de Masiyiwa, sur un argument de liberté d'expressionNYU ; d'autres récits situent la décision décisive en 1997
1996Mugabe interdit, selon NYU et Nehanda Radio, les opérations privées de téléphonie mobile ; la PTC lance son propre service à Harare en septembre avec 2 000 lignesConcordant pour 1996
Fin 1997 ou 1998Octroi de la licence, daté de décembre 1997 par certains récits, de juillet 1998 par l'étude de cas reprise sur InsiderzimDivergent
Juillet 1998Lancement commercial à HarareConcordant

Retenez la méthode plus que le détail des dates. Les avocats de Masiyiwa ont plaidé que le téléphone était central pour la liberté d'expression et que le monopole, dans un pays où seule une petite partie de la population avait accès au téléphone, restreignait cette liberté. Ce n'est pas un argument de commerçant ; c'est un argument de droit fondamental, et c'est lui qui a rendu le dossier gagnable.

Pourquoi les sources ne s'accordent-elles pas sur les dates ?

Parce qu'une grande partie de ce qu'on lit en ligne vient de récits de Masiyiwa lui-même, de reprises de presse et de pages de synthèse, rarement du jugement original. Les sources que j'ai pu consulter donnent quatre ans de bataille pour les unes, cinq ans pour les autres, une licence en décembre 1997 pour certaines, en 1998 pour d'autres.

Je n'ai pas pu lire les décisions de justice elles-mêmes. Si vous citez cette histoire en conférence ou dans un document, citez l'ordre des événements plutôt que des dates au mois près, ou vérifiez dans les archives judiciaires du Zimbabwe. C'est la même prudence que pour Dangote et son prêt initial, où les chiffres divergent aussi.

Qu'est-ce que ce combat a coûté ?

Les récits décrivent un combat financièrement épuisant : selon Wikipédia, il a mené l'entrepreneur au bord de la faillite. Plusieurs sources rapportent aussi que Masiyiwa a vendu Retrofit pendant la procédure et fait porter le dossier par une nouvelle société, Econet. Le détail du financement (qui a payé quoi, à quel moment) n'est pas documenté de façon vérifiable dans les sources que j'ai consultées, et je ne le reconstituerai pas.

Ce qu'on peut dire sans risque :

  1. Aucun revenu pendant des années. Entre 1993 et 1998, il n'y avait pas de client à servir.
  2. Un concurrent d'État qui avance pendant ce temps. La PTC lance son propre service mobile en 1996, financé, selon l'étude de cas reprise sur Insiderzim, par un prêt de 24 millions de dollars d'institutions financières internationales.
  3. Un risque politique permanent. Un décret présidentiel peut défaire une victoire judiciaire.

Un calcul illustratif pour votre propre projet : si une procédure ou une autorisation prend 4 ans et que vous devez vous payer 2 000 € de dépenses incompressibles par mois, c'est 96 000 € à trouver avant le premier client. Ce n'est pas le chiffre d'Econet (que je ne connais pas), c'est la façon de poser la question.

Que s'est-il passé après le lancement ?

Le réseau démarre à Harare en juillet 1998 et, selon Pindula, l'entreprise entre à la Bourse du Zimbabwe le 17 septembre 1998. Mais l'histoire ne devient pas simple pour autant. Masiyiwa quitte le Zimbabwe en mars 2000 et s'installe en Afrique du Sud. Il y fonde The Econet Wireless Group, un groupe distinct de l'entité cotée au Zimbabwe. Un article du Herald indique que la police souhaitait l'interroger sur l'introduction en Bourse de son entreprise ; il n'est pas le seul récit sur cette période, et je ne tranche pas sur le fond.

Il vit ensuite en Afrique du Sud jusqu'en 2010, puis au Royaume-Uni, d'où il dirige un portefeuille d'activités dans de nombreux pays. La victoire judiciaire est donc réelle, mais elle n'a pas mis fin aux conflits avec le pouvoir.

Que retenir d'Econet pour votre propre projet ?

  1. Vérifiez le cadre légal avant l'idée. Dans un secteur réglementé, la question « ai-je le droit de vendre ? » passe avant « mon produit est-il bon ? ».
  2. Financez la durée, pas seulement le lancement. Un combat de plusieurs années demande une trésorerie pour tenir, pas un prototype.
  3. Choisissez un argument qui dépasse votre intérêt. Le dossier a pris de la force en portant sur la liberté d'expression plus que sur un simple droit de vendre.
  4. Ne confondez pas victoire judiciaire et marché ouvert. Le décret de 1996 montre qu'une décision de justice ne garantit pas son application.
  5. Recoupez les récits. Une histoire racontée par son héros est une source, pas un jugement.

Cette histoire n'est pas un modèle à copier à petite échelle. Elle sert à comprendre une réalité : dans certains pays et certains secteurs, le premier obstacle est l'autorisation. Pour comparer avec d'autres trajectoires africaines, lisez l'histoire de Mo Ibrahim et Celtel, qui a bâti un opérateur mobile à la même époque avec une tout autre contrainte, ou celle de Wave.

Et si vous voulez voir comment je raconte, sans légende, un parcours qui part d'une petite ville du Bénin avec ses blocages et ses erreurs, c'est le sujet de mon livre, Construire malgré tout.

Questions fréquentes

Qui est Strive Masiyiwa ?
Un entrepreneur zimbabwéen né en 1961, fondateur d'Econet, qui a mené un long combat judiciaire contre le monopole de l'opérateur public PTC pour obtenir le droit d'exploiter un réseau mobile privé. Il vit hors du Zimbabwe depuis mars 2000, d'abord en Afrique du Sud, puis au Royaume-Uni à partir de 2010.
Combien de temps a duré la bataille pour la licence d'Econet ?
Les sources parlent de quatre ou cinq ans : la demande de 1993 refusée par l'opérateur public, des décisions de justice en 1994 et 1995, puis une licence que certains récits datent de décembre 1997 et d'autres de 1998. Le lancement du réseau à Harare a eu lieu en juillet 1998.
Pourquoi le monopole télécom du Zimbabwe a-t-il été attaqué en justice ?
Selon les récits publiés, les avocats de Masiyiwa ont plaidé que l'accès au téléphone était central pour la liberté d'expression et que le monopole de l'opérateur public, dans un pays où peu de gens avaient le téléphone, restreignait cette liberté.
Econet a-t-elle eu des difficultés après la licence ?
Oui. Strive Masiyiwa a quitté le Zimbabwe en mars 2000 et a fondé en Afrique du Sud un groupe distinct, The Econet Wireless Group, séparé de l'entité cotée au Zimbabwe. Un article du Herald indique que la police voulait l'interroger sur l'introduction en Bourse de son entreprise.
Que retenir de l'histoire d'Econet pour lancer une entreprise ?
Qu'un secteur fermé par la loi peut s'ouvrir par la voie judiciaire, mais au prix d'années sans revenu ; qu'il faut financer la durée du combat avant de financer le produit ; et que chaque récit de succès cache des dates, des montants et des rapports de force qu'il faut recouper.

Sources

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